Un wifi lent en entreprise est un symptôme, pas un diagnostic. Derrière la même plainte se cachent des causes très différentes : une liaison Internet saturée, un canal radio encombré, un poste avec un pilote obsolète, un serveur de fichiers en souffrance ou une application hébergée loin. Acheter des bornes avant d'avoir mesuré revient à changer les pneus d'une voiture dont le frein à main est serré.
Mesurer avant de conclure
Trois mesures simples séparent immédiatement les grandes familles de causes.
- Le débit en filaire. Branchez un ordinateur portable sur une prise réseau, faites un test de débit. Si le résultat est également médiocre, le Wi-Fi est hors de cause.
- Le débit entre deux machines du réseau local. Un test avec un outil comme iperf3 entre un poste et un serveur montre ce que le réseau interne sait faire, indépendamment de l'accès Internet.
- La latence. Un ping soutenu vers la passerelle locale puis vers un site externe distingue un problème radio, qui produit des variations et des pertes, d'une saturation de la liaison, qui produit une latence élevée mais régulière.
Notez aussi le contexte : à quelle heure, dans quelle salle, sur quel type d'appareil, avec quelle application. Un ralentissement qui survient tous les jours à 9h15 et à 14h ne ressemble pas à un défaut de couverture, mais à une charge, par exemple des postes qui téléchargent leurs mises à jour ensemble.
Distinguer trois réseaux qu'on confond
| Couche | Symptôme typique | Comment vérifier |
|---|---|---|
| Radio Wi-Fi | débit qui s'effondre dans certaines pièces, coupures en se déplaçant | comparer filaire et sans fil au même endroit |
| Réseau local filaire | lenteur sur le serveur de fichiers partagé, y compris en filaire | test entre deux machines internes |
| Accès Internet | tout est lent en même temps, surtout en visioconférence | test de débit et latence vers l'extérieur |
Cette grille résout une bonne partie des discussions. Une entreprise qui a migré ses fichiers vers le cloud sans revoir son abonnement transforme mécaniquement chaque ouverture de document en trafic Internet. Le Wi-Fi n'y est pour rien.
Les causes radio les plus fréquentes
La première est l'encombrement des canaux. La bande 2,4 GHz ne propose en pratique que trois canaux sans recouvrement ; dans un immeuble de bureaux, ils sont tous occupés par les voisins. La bande 5 GHz offre beaucoup plus d'espace, et la bande 6 GHz davantage encore sur le matériel récent, mais encore faut-il que les postes sachent l'utiliser.
La deuxième est une largeur de canal trop grande. Configurer des canaux de 80 MHz pour aller plus vite produit souvent l'effet inverse dans un espace dense : moins de canaux disponibles, donc davantage de collisions entre bornes voisines. En bureau partagé, 20 ou 40 MHz donnent des résultats plus stables.
La troisième est la puissance d'émission poussée au maximum. Les postes entendent la borne de loin, s'y accrochent et n'en changent plus, y compris quand une borne plus proche serait disponible. Résultat : une borne saturée et trois inutilisées. Réduire la puissance améliore la répartition.
La quatrième est le mélange des générations. Un vieil appareil qui ne parle qu'en 2,4 GHz à faible débit occupe le temps de parole et ralentit tout le monde sur la même radio, imprimantes anciennes et terminaux d'atelier compris.
Avant d'ouvrir un bon de commande, faites relever par un collaborateur la liste des réseaux visibles et leur puissance depuis trois endroits du bureau, avec une application d'analyse Wi-Fi gratuite. Ces trois captures d'écran orientent le diagnostic plus sûrement qu'une heure de discussion.
Le nombre de bornes n'est pas la réponse
Ajouter des points d'accès dans un espace déjà dense aggrave souvent la situation : plus de bornes sur les mêmes canaux signifie plus d'interférences entre elles. Ce qui compte, c'est le plan de canaux, la puissance ajustée, le placement et surtout la capacité du lien qui alimente chaque borne.
Ce dernier point est régulièrement oublié. Une borne moderne capable de plusieurs centaines de mégabits utiles est reliée à un commutateur par un câble d'une génération ancienne, lui-même relié au coeur de réseau par un unique lien à 1 Gb/s partagé par tout l'étage. Le plafond est là, pas dans la radio. Même remarque pour l'alimentation par le câble réseau : une borne sous-alimentée réduit sa puissance d'émission ou désactive une de ses radios sans prévenir.
Ce qui se règle sans rien acheter
- répartir les canaux manuellement au lieu de laisser la sélection automatique s'affoler toutes les heures ;
- réduire la largeur de canal en 5 GHz et baisser la puissance d'émission ;
- désactiver les débits les plus bas pour forcer les vieux appareils à se rapprocher ou à passer en filaire ;
- séparer les usages sur des réseaux distincts : postes de l'entreprise, invités, téléphonie, équipements techniques ;
- mettre à jour le micrologiciel des bornes et les pilotes des cartes réseau des portables, souvent responsables des déconnexions individuelles ;
- décaler les mises à jour massives des postes en dehors des heures de production ;
- donner la priorité aux flux de visioconférence Teams sur le reste du trafic.
Ces réglages se font intégralement à distance, sur le contrôleur et sur les postes. Lorsqu'un geste physique s'impose, déplacer une borne de deux mètres ou remplacer un câble, un collaborateur le réalise en suivant des instructions précises.
Quand le matériel est vraiment en cause
Il l'est dans trois situations claires. Le parc de bornes ne gère que des générations anciennes et l'effectif a doublé depuis l'installation. La couverture comporte des zones mortes réelles, constatées par relevé et non par ressenti. Ou bien les bornes sont des équipements domestiques placés côte à côte, sans contrôleur, donc sans plan de canaux ni gestion du passage d'une borne à l'autre.
Dans ces cas, le remplacement se justifie, mais après une cartographie. Un relevé documenté, un plan de canaux et une mesure avant et après constituent le contenu d'un audit du réseau. Pour éviter que le problème ne réapparaisse six mois plus tard, la supervision du réseau suit en continu le nombre de clients par borne, le taux de réémission et la saturation des liens montants, avec une alerte avant que les utilisateurs ne se plaignent.
Un dernier conseil de méthode : notez l'état initial. Débit mesuré, latence, nombre d'appareils connectés, plan de canaux. Sans ces valeurs de départ, aucune amélioration ne sera démontrable, et la discussion se terminera comme elle a commencé, sur une impression. La même rigueur s'applique d'ailleurs aux performances applicatives, comme le montre l'article consacré aux tests de charge d'une boutique en ligne : on ne corrige bien que ce que l'on a mesuré.
Rédaction Apply
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